Plus de 11 000 avis Trustpilot, une note de 4,3/5, et pourtant des témoignages qui parlent de deux semaines d’attente pour recevoir une commande. Ce paradoxe résume assez bien la réalité de La Fourche en 2025 : une offre qui tient ses promesses sur les prix, mais une logistique qui craque parfois sous la pression d’une croissance très rapide. Voici ce que les avis négatifs révèlent vraiment – et ce qu’ils ne disent pas toujours.
Ce qu’est La Fourche et qui se cache derrière
La Fourche a été fondée en 2018 par trois associés – Lucas Lefebvre, Nathan Labat et Boris Meton – avec une idée assez simple : vendre des produits bio moins chers qu’en magasin, via un modèle d’abonnement annuel inspiré des clubs américains comme Costco. Le siège social et l’entrepôt sont basés à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, sur une surface de 14 000 m².
L’entreprise a créé en 2022 une filiale allemande, Ackerherz, et étend progressivement son modèle vers l’Autriche et la Suisse. L’internationalisation avance vite. Peut-être trop vite, comme les avis clients commencent à le suggérer.
La Fourche est-elle vraiment moins chère que Biocoop ou Greenweez?
Sur un comparatif de 80 produits courants, La Fourche se révèle moins chère que Biocoop dans 98 % des cas, et que Greenweez dans 93 % des cas. L’étude indépendante DistriPrix couronne chaque année La Fourche comme le supermarché bio le moins cher de France. Ce n’est pas du marketing : les produits affichent des tarifs 20 à 50 % inférieurs à ceux des enseignes spécialisées et des grandes surfaces.
L’abonnement coûte 59,90 € par an. En moyenne, les adhérents économisent 400 € par an sur leurs achats bio – soit sept fois le prix de l’adhésion. Avec un panier moyen de 100 € et une fréquence d’environ une commande par mois, le modèle devient rentable très rapidement. Une garantie satisfait ou remboursé s’applique si vos économies ne dépassent pas le coût de l’abonnement.
Avis clients La Fourche : ce que pensent vraiment les adhérents

Sur plus de 11 347 avis Trustpilot, La Fourche obtient une note de 4,3/5, ce qui correspond à la mention « Excellent » sur la plateforme. Ce chiffre cache cependant des expériences très contrastées selon les clients.
Les points qui reviennent positivement :
- Des prix perçus comme nettement inférieurs à ceux de Biocoop ou des grandes surfaces bio
- Un catalogue fourni et une interface jugée claire
- Un service client réactif en cas de problème
- La transparence sur l’origine des produits
Les griefs les plus fréquents dans les avis négatifs :
- Des retards de livraison récurrents
- Des colis arrivés abîmés
- Des produits manquants dans les commandes reçues
- Des ruptures de stock non signalées avant validation de la commande
Ce que les chiffres ne montrent pas clairement : une partie des mauvais avis vise les transporteurs, pas La Fourche elle-même. Mais du point de vue du client, la distinction importe peu quand le colis n’arrive pas.
Livraison La Fourche : délais, retards et colis abîmés
Le délai annoncé est de 3 à 7 jours ouvrés. Aucune option de livraison express n’existe. Pour qui commande des produits secs ou d’épicerie en anticipant ses besoins, ce délai est acceptable. Pour qui attend en fin de stock, c’est plus compliqué.
Le problème réel, c’est que ce délai glisse. Selon plusieurs témoignages sur le forum Que Choisir, des livraisons ont dépassé huit jours ouvrés, voire deux semaines. La Fourche ne gère pas elle-même la dernière étape : elle délègue à des transporteurs partenaires, et les retards viennent dans plus d’un cas sur deux de cette sous-traitance logistique.
Des colis abîmés ont également été signalés – bouteilles d’huile fissurées, boîtes de conserve enfoncées. Ce type de dommage arrive à l’ouverture, sans possibilité de refus à la livraison si le colis extérieur semble intact. Le SAV de La Fourche rembourse ou renvoie généralement le produit concerné, mais la démarche prend du temps.
Ruptures de stock et produits manquants : un problème récurrent?
Plusieurs clients signalent avoir reçu une commande incomplète, avec un ou plusieurs produits absents, sans en avoir été informés avant l’expédition. Le scénario typique : une rupture de stock survient entre la validation de la commande et la préparation, et le client ne le découvre qu’à la réception du colis.
Ce type de problème n’est pas propre à La Fourche – la plupart des e-commerçants alimentaires y sont confrontés. Mais dans le cas d’un abonnement payant, la tolérance des clients est naturellement plus faible. L’attente de fiabilité est plus élevée que pour un site d’achat classique.
La fréquence de ces incidents semble avoir augmenté avec la croissance du catalogue et des volumes. Ce n’est pas systématique, mais c’est suffisamment récurrent pour apparaître comme un grief structurel dans les avis les plus négatifs.
La Fourche vaut-elle l’abonnement malgré ses limites?

La réponse dépend entièrement de votre profil d’acheteur. Le modèle fonctionne bien pour qui :
- Consomme régulièrement du bio (au moins une commande par mois)
- Achète des produits secs, conserves, cosmétiques ou produits d’entretien – pas de frais ni de surgelés
- Peut anticiper ses besoins et absorber un délai de 5 à 7 jours
- Commande pour un budget d’environ 100 € par commande
Pour un acheteur occasionnel qui passe deux ou trois commandes par an, les 59,90 € d’abonnement se rentabilisent difficilement. La garantie satisfait ou remboursé existe, mais elle s’applique uniquement si vos économies réelles n’ont pas couvert le coût de l’adhésion – à vous de conserver un minimum de traçabilité sur vos achats.
Les problèmes de livraison et de stock sont réels, mais ils ne touchent pas chaque commande. Beaucoup d’adhérents passent des dizaines de commandes sans incident.
La Fourche en 2025 : une croissance rapide qui crée des tensions
En 2023, La Fourche comptait 110 000 adhérents et affichait un chiffre d’affaires de 53 millions d’euros, en hausse de 76 % en un an. En 2025, la communauté dépasse 150 000 adhérents, le CA visé atteint 100 millions d’euros, et deux levées de fonds successives – 26,5 millions d’euros en 2024, puis 31,5 millions d’euros en 2025 auprès de Bpifrance et du fonds Astanor – témoignent d’une ambition internationale assumée.
Cette trajectoire explique une partie des tensions opérationnelles. Un entrepôt de 14 000 m², des transporteurs partenaires, une logistique sous pression : quand les volumes doublent en un an, les failles se voient. Ce n’est pas une excuse, mais c’est un contexte qui aide à comprendre pourquoi les avis négatifs se concentrent sur la livraison plutôt que sur les prix ou la qualité des produits.
La vraie question pour 2025 n’est pas de savoir si La Fourche est moins chère – elle l’est, les données le confirment. C’est de savoir si l’infrastructure suivra le rythme d’une entreprise qui a multiplié ses adhérents par cinq en trois ans. Pour l’instant, le service tient globalement. Mais à chaque levée de fonds supplémentaire, les attentes des clients montent d’un cran aussi.