Cinq hectares, quatorze cuvées, quelques centaines de bouteilles pour les références les plus rares. Le domaine Silvado produit moins en une année que certains domaines champenois en une heure – et c’est précisément là que réside toute sa singularité. Un vin biologique de Savoie qui s’est construit dans le silence, à Viviers, sur une roche que personne d’autre dans la région ne travaille vraiment : le granite.
Origine et identité du domaine Silvado
Le domaine voit le jour en 2006, à Viviers, dans la vallée de l’Isère. Son fondateur est le cousin de Gilles Berlioz, figure respectée du vin bio savoyard, dont l’influence familiale a clairement orienté l’approche viticole dès le départ. Ce n’est pas un hasard si les deux domaines partagent une même philosophie : travail du sol, zéro intrants chimiques, respect absolu de la matière première.
Depuis sa création, le domaine Silvado est certifié Agriculture Biologique par Ecocert. Dix-neuf années de viticulture naturelle, c’est suffisant pour que cette certification cesse d’être un argument marketing et devienne une réalité inscrite dans les sols, dans les vignes, dans chaque bouteille produite.
Ce qui frappe dans l’histoire du domaine, c’est son refus de grandir. Là où d’autres auraient profité d’une demande croissante pour les vins bio afin d’agrandir le vignoble, Silvado est resté à 5 hectares. Un choix radical, cohérent avec l’idée que la qualité ne se dilue pas.
Un terroir granitique unique en Savoie
La Savoie viticole repose principalement sur deux types de sols : le calcaire et le schiste. Viviers fait exception. Le sous-sol y est composé à 100 % de granite, une particularité géologique qui n’existe quasiment nulle part ailleurs dans le vignoble régional.
Le granite transmet aux vins une tension minérale particulière, différente de la rondeur que donne le calcaire. Les blancs issus de ce sol ont une texture serrée en bouche, avec une acidité précise qui les rend capables de bien vieillir. C’est un profil aromatique sobre, presque austère dans sa jeunesse, qui s’ouvre sur plusieurs années.
Les vignes du domaine s’étendent entre 250 et 400 mètres d’altitude, sur des coteaux dont la pente interdit toute mécanisation. Chaque opération – taille, ébourgeonnage, vendange – se fait à la main. Cette contrainte physique ralentit tout, augmente les coûts, et garantit une attention parcelle par parcelle que les grandes exploitations ne peuvent tout simplement pas offrir.
Comment le Silvado est-il produit?

En cave, la vinification repose exclusivement sur les levures indigènes présentes sur la pellicule des raisins. Aucune levure sélectionnée industriellement n’est ajoutée. Ce choix implique des fermentations plus lentes, parfois moins prévisibles, mais qui restituent fidèlement l’empreinte du millésime et du lieu.
L’élevage se fait en cuves neutres – inox ou ciment – jamais en barriques neuves. Cette décision est technique autant qu’esthétique : le bois neuf apporterait des arômes de vanille et de torréfaction qui masqueraient précisément ce que le granite donne aux vins. Silvado choisit de laisser parler le terroir.
Au vignoble, aucun produit de synthèse n’est utilisé. Les traitements contre les maladies cryptogamiques se font au cuivre et au soufre, en quantités réduites. Le sol est travaillé mécaniquement entre les rangs, sans désherbants. C’est une viticulture qui demande plus de passages, plus de temps, mais qui préserve la vie microbienne du sol – et donc, à terme, la typicité du vin.
Quels cépages et quels vins retrouve-t-on chez Silvado?
Les blancs occupent une place centrale dans la production. La Jacquère, cépage historique de Savoie, donne ici des vins légers, sur les agrumes et la fleur blanche, avec une vivacité qui en fait de bons compagnons de table pour les poissons de lac ou les entrées fraîches. L’Altesse, plus complexe, développe des arômes de coing, de bergamote et de miel, avec une matière plus ample qui supporte un an ou deux de garde supplémentaire.
Les rouges se partagent entre Mondeuse et Gamay. La Mondeuse – cépage savoyard par excellence – produit sur granite des vins tanniques, poivrés, avec une longueur en bouche que les sols calcaires n’offrent pas toujours. Le Gamay, lui, reste plus accessible dans sa jeunesse, fruité et direct.
Avec 14 cuvées par millésime sur 5 hectares, chaque référence représente un micro-assemblage ou une parcelle isolée. Certaines cuvées ne dépassent pas quelques centaines de bouteilles produites, ce qui explique leur quasi-invisibilité dans les circuits de distribution classiques.
Prix et disponibilité : ce que vaut vraiment le Silvado
La fourchette tarifaire s’étend de 15 à 40 € la bouteille, selon le millésime et la cuvée. Pour situer ce positionnement : la moyenne des AOC savoyardes se situe entre 12 et 30 €. Silvado se place donc 20 à 30 % au-dessus, un écart qui reflète à la fois la rareté des volumes et la rigueur du travail à la vigne.
| Gamme | Prix indicatif | Exemple de cépage |
|---|---|---|
| Entrée de gamme | 15 – 20 € | Jacquère, Gamay |
| Milieu de gamme | 20 – 30 € | Altesse, Mondeuse |
| Cuvées parcellaires | 30 – 40 € | Sélections millésimées rares |
Trouver une bouteille de Silvado demande de la patience. Le domaine ne distribue pas en grande surface. Les circuits de vente passent principalement par la vente directe, quelques cavistes indépendants spécialisés en vins nature, et des restaurants gastronomiques de la région alpine. Pour certaines références, la liste d’attente est réelle.
À 25 € pour une Altesse sur granite, vous obtenez quelque chose qu’aucun autre domaine savoyard ne produit exactement de cette façon. Le prix ne paie pas un nom ou une étiquette design – il paie dix-neuf ans de travail en biologie, un sol introuvable ailleurs, et des volumes si limités que chaque bouteille a de bonnes raisons d’exister.
Le Silvado ne cherche pas à vous convaincre. Il attend, dans sa cave de Viviers, que vous ayez l’occasion de le trouver.